Abbas Akhavan
Fatigues, 2014
Musée d'art contemporain de Montréal
22.10.14 – 04.01.15

Pour sa nouvelle œuvre, Abbas Akhavan a procédé à l’empaillement d’oiseaux et de mammifères qu’il montre comme des créatures vraiment mortes plutôt qu’en les représentant, comme le veut la coutume, comme des animaux en vie ou en pleine action. Après avoir été tués, écorchés ou plumés, ces animaux se voient maintenant figés dans un état perpétuel de mort, ce qui les rend en quelque sorte « doublement morts ». Augmentant l’étrangeté de l’œuvre, les animaux ont été placés un peu partout dans les salles et les espaces publics du Musée, dans le champ de vision du spectateur ou en périphérie, là où l’on ne s’attendrait pas à croiser une œuvre d’art. La discrétion de leur emplacement vise également à souligner le pathétique et à susciter l’empathie. En évitant la dramatisation narrative et directe, l’artiste espère faire prendre conscience de la précarité de la vie, plutôt que de l’inévitabilité de la mort.

Cette précarité évoquée entre également en jeu dans la deuxième œuvre présentée par l’artiste à La Biennale. Pour aborder de front certains enjeux liés à l’empiètement grandissant de la vie privée dans l’espace public, Akhavan travaille avec les ateliers éducatifs du Musée d’art contemporain. L’artiste a conçu une nouvelle activité au cours de laquelle les ados peuvent choisir, à partir d’un graphique, un motif de maquillage qui déjoue les dispositifs de reconnaissance faciale. Une fois par semaine, les animateurs et les participants peignent ces motifs sur les visages d’autres participants. Des photos numériques des visages peints sont imprimées sur des feuilles de format lettre puis affichées simplement sur les murs à l’extérieur des ateliers.

L’œuvre cherche à interroger, de manière ludique, de possibles enjeux liés au droit à l’intimité dans l’espace public et à susciter une prise de conscience. Elle vise également à questionner l’intersection entre l’omniprésente surveillance contemporaine et ses rôles contradictoires en ce qui a trait à la sécurité des jeunes. En fait, il est devenu tellement courant de mettre en cause l’ubiquité des systèmes de surveillance en circuit fermé dans l’espace public, qu’on élabore des techniques pour résister à la reconnaissance. Comment le mythe de la sécurité à tout prix, dans notre culture contemporaine frileuse, a-t-il pu nous mener à accepter l’aliénation individuelle en échange d’un faux sentiment de sécurité ?
– ML

Évènements
23.10.2014 Conversation
Musée McCord - Théâtre J. Armand Bombardier

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Vidéos
BNLMTL 2014 - Table ronde avec Adaptive Actions, Abbas Akhavan, Raymond Boisjoly, Anton Vidockle et Pelin Tan