Thomas Hirschhorn
Touching Reality, 2012
Musée d'art contemporain de Montréal
22.10.14 – 04.01.15

Dans une salle obscure de grandeur moyenne, des images fixes sont silencieusement projetées, choisies, défilées et agrandies par une main féminine opérant sur une tablette électronique. Les images présentent des corps humains terriblement mutilés, des victimes de guerre ou d’innombrables autres conflits. Bien qu’elles soient peu souvent vues dans les médias conventionnels, les images de ce type prolifèrent sur internet.

Dans un diagramme qui décrit l’œuvre, Hirschhorn demande, peut-être avec une pointe d’ironie, « Pourquoi est-il important de regarder de telles images ? ». La génération précédente croyait en la capacité des images d’éveiller la conscience. On pensait que les images rendaient les choses plus réelles. À l’opposé, aujourd’hui, nous en sommes peut-être arrivés au point où il est si facile d’accéder à un nombre considérable d’images similaires que leur impact s’est amoindri, ne devenant que des ordures de plus sur le tas des objets de consommation de masse et du sensationnalisme.

Ce n’est plus suffisant de s’en remettre à la simple existence de ces images. En outre, « juste les montrer » n’est peut-être plus suffisant. Pour commencer à comprendre les horreurs qu’elles illustrent, c’est-à-dire pour réactiver leur valeur indicielle, il faut en faire davantage. Hirschhorn en appelle donc au sens du toucher, même s’il est doublement distancié (par la représentation et le biais d’un dispositif) – ce qui n’est pas sans rappeler Thomas l’incrédule et son besoin de toucher les plaies de Jésus pour croire en sa résurrection.
– ML

Touching Reality, 2012, vidéo, silencieux, 4:45 minutes, vue de l’exposition Intense Proximity, La Triennale, Palais de Tokyo, Paris, 2012 (avec l’aimable permission de l’artiste et de la Galerie Chantal Crousel, Paris ; photo : Romain Lopez)
Biographie

Thomas Hirschhorn est né à Berne (Suisse) en 1957. Il a étudié à la Schule für Gestaltung de Zürich entre 1978 et 1983, et s’est installé à Paris en 1984, où il vit depuis. Son travail a été exposé dans de nombreux musées, galeries et expositions collectives, parmi lesquelles: Documenta 11 à Kassel (2002), la 27ème Biennale de Sao Paolo (2006), 55ème Carnegie International de Pittsburgh (2008). ll a été l’artiste invité du Pavillon Suisse pour la 54ème Biennale de Venise (2011), et plus récemment a exposé au Palais de Tokyo (La Triennale, 2012), à la 9ème Biennale de Shanghaï (2012), Gladstone Gallery New York (2012). En 2013 il a réalisé le « Gramsci Monument » dans le Bronx, New York. Ses écrits ont été publiés par MIT Press (October Books): Critical Laboratory: The Writings of Thomas Hirschhorn.

Au travers de chacune de ses expositions – dans des musées, galeries ou lieux alternatifs – et de ses projets dans l’espace public, Hirschhorn affirme son engagement envers un public non-exclusif.

Il a reçu plusieurs prix, parmi lesquels: Preis für Junge Schweizer Kunst (1999), Prix Marcel Duchamp (2000), Rolandpreis für Kunst im öffentlichen Raum (2003), Joseph Beuys-Preis (2004) and the Kurt Schwitters-Preis (2011).

gladstonegallery.com/artist/thomas-hirschhorn

Évènements
Vidéos

Thomas Hirschhorn parle de la rencontre du sensible et de l’insoutenable destruction des corps dans un entretien avec Hugo Vitrani.